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vendredi 3 février 2023

Vision pour 2023 ; va-t-on laisser gagner les Monstres ? par Claude Bannwarth

Cet article a été soumis pour publication gratuite par un tiers qui en assume l'entière responsabilité. TendanceHotellerie n'approuve ni ne désapprouve ce contenu.

Photo de <a href="https://unsplash.com/@mollyblackbird?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditCopyText">Molly Blackbird</a> sur <a href="https://unsplash.com/fr/photos/WvXPoIKsmOM?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditCopyText">Unsplash</a>

 
Il y a un peu plus de dix ans, le Conseil Régional de (l’ancienne) Aquitaine a demandé à trois « experts » de se projeter dans le futur du tourisme à dix ans, pour éclairer les professionnels du tourisme régional. J’ai ainsi eu le plaisir de pitcher devant un important auditoire, avec mes amis Ludovic Dublanchet et Frédéric Soussin.

Ludovic avait imaginé un scénario à la « GoogleHilton », où les voyageurs passeraient des vacances virtuelles sans bouger de chez eux… Frédéric proposait un scénario de « Tourisme bisounours », où tout le tourisme marchand avait disparu au profit d’échanges gratuits entre habitants et visiteurs. Pour ma part, j’avais produit un « Scénario catastrophe », où les conflits mondiaux et le manque de pétrole avaient réduit le tourisme - ou ce qu’il en restait - à une dimension strictement locale se rapprochant plus de la survie en quête de nourriture que des vacances telles que nous les connaissions.

Plus de dix ans après, on assiste au grand retour des univers virtuels et autres Métavers, le partage d’appartements entre particuliers a été largement dévoyé au plus grand profit d’Airbnb et consorts et, si les habitants des pays développés recommencent à voyager dans le « monde d’après », c’est bien à la suite d’une pandémie unique dans les annales de notre histoire « moderne », et alors que la guerre ravage l’Ukraine, aux portes de l’Europe…

Il y a dix ans, après la présentation des trois scénarii, on demandât aux participants de voter pour le scénario qu’ils jugeaient le plus probable, mais aussi pour celui qu’ils préféreraient voir se réaliser.

En termes de probabilité de réalisation, et assez logiquement au vu du tourisme et de l’état des technologies d’il y a dix ans, le scénario « Bisounours » recueillit 70% de suffrages, celui du tourisme virtuel environ 20% et je dus me contenter des 10% restant pour mon scénario catastrophe.

En revanche - et là grosse surprise pour tous les participants - en termes d’espoir de réalisation pour chacun, les trois scénarii arrivèrent à peu près à égalité. On avait donc un tiers des participants - tous et toutes professionnels du tourisme - souhaitant la fin du tourisme réel, un autre tiers la fin du tourisme marchand, et un dernier tiers appelant de ses vœux l’avènement d’une catastrophe mondiale pour notre industrie, voire, plus largement, la civilisation « moderne ».

En ce début 2023, je ne sais pas si nous voyagerons demain dans des métavers en augmentant les profits des GAFAM. A l’inverse, je ne sais pas non plus si les générations futures parviendront à inventer un tourisme de partage, là où nous avons pour le moment échoué.

Ce que je sais, c’est que le tiers des votants appelant la catastrophe peut être rassuré : si on cumule la Covid, l’agression russe et le réchauffement climatique, on y est ! Et, si [1] vous n’en êtes pas encore convaincu vous-mêmes, je vous conseille de prendre un peu de temps pour vous pencher sur les travaux de Jean-Marc Jancovici (mon conseil : commencez par la BD « le Monde sans fin [2] ») et d’écouter attentivement et objectivement les alertes de Aurélien Barrau [3] … Vous ne serez pas déçu.e.s.

A bientôt 63 ans, après une riche carrière de plus de trente années dans les univers passionnants du tourisme, mon propos n’est pas décliniste, et je pense (encore) avoir la capacité de maîtriser mon éco-anxiété…

Mais, dans la période de transition dans laquelle le futur de notre industrie est inéluctablement inscrit, je suis convaincu que nous avons la capacité de sentir une multitude de signaux faibles qui appellent à réfléchir et à agir dès maintenant.

Le tourisme d’affaire semble devoir se rétracter durablement à la suite de la pandémie, pendant que les restaurateurs continuent à se faire tailler des croupières par la vente à distance, les dark kitchens ou le prêt à cuisiner ne supportant pas les mêmes charges et contraintes… ?

Le touriste de loisirs semble vouloir privilégier durablement des modes d’hébergement plus verts que l’hôtellerie traditionnelle, quand la compétitivité de l’offre de service des grandes chaînes volontaires est remise en question par leurs adhérents, qui osent désormais peser le coût des services proposés à l’aulne de leur compétitivité au regard d’offres de pure players ?

Les organisations patronales de l’hôtellerie-restauration se déchirent pour des intérêts partisans, parfois personnels, au détriment d’un front uni apte à mener un dialogue constructif avec leurs partenaires institutionnels ou opérateurs touristiques des filières connexes ?

L’industrie est face à une pénurie de talents sans précédent alors que la réforme de l’assurance chômage et, plus encore, celle des retraites s’apprêtent à mettre la France du travail - et donc du tourisme - dans la rue ?

Alors, si j’ai choisi « d’angler » ma vision de 2023 autour des problématiques de changement d’ère auxquelles je suis convaincu que le tourisme - et donc nous tous - sommes inéluctablement confrontés, c’est en souvenir de la lecture des « cahiers de prison » qu’Antonio Gramsci écrivit il y a près d’un siècle. On y lit la phrase suivante qui m’a profondément marquée : « le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et, dans ce clair-obscur, surgissent les Monstres » !

Quels sont ces monstres pour les patrons de l’hôtellerie-restauration française (mais pas seulement !) ?

  • Le refus de l’innovation, où l’on se lamentera sur le monde d’avant en refusant de regarder ses propres lacunes…
  • La fustigation du digital des sociétés technologiques, parce qu’on a toujours fait « comme ça »…
  • La recherche du profit à court terme, où l’on préfèrera l’achat une berline de luxe « full options » à l’augmentation du salaire de son veilleur de nuit, par ailleurs payé pour partie au black…
  • La facilité des lieux communs face aux tensions de recrutement, où l’on accusera des aides sociales trop généreuses d’être la cause unique de la pénurie de talents…
  • La critique du manque d’engagement des nouvelles générations, sans remettre en cause son propre management…
  • La critique acerbe des lourdeurs administrative de l’opérateur de compétence de la Branche, alors qu’on est incapable de sortir un euro de cash de sa trésorerie pour former son personnel en fonds propres…
  • Le blocage d’un accord de Branche, pourtant essentiel pour améliorer l’attractivité de la filière, parce que les intérêts de fonds de pension diffèrent sensiblement de ceux de l’hôtellerie indépendante…

La liste est longue et, j’espère que beaucoup des lecteurs de Tendance Hôtellerie ne se sentiront pas concernés…

Ceux-là sont certainement ceux qui ont fait ce qu’il fallait pour faire taire les Monstres et inscrire durablement leur entreprise dans le contexte post sanitaire, malgré la crise sociale qui vient et la planète qui continue de se réchauffer.

Ceux-là auront trouvé des solutions à leur échelle, peut-être pas définitive mais permettant de passer le cap des difficultés actuelles. Ceux-là, certainement, sont engagés dans une démarche d’écoresponsabilité qui n’est pas de façade. Ceux-là sans doute aussi, paient bien leurs collaborateurs, les forment et se forment eux-mêmes…

Sont-ils la majorité ? Je n’en sais rien et compte beaucoup sur les réactions de lecteurs de ce post pour savoir ce qu’il en est.

A l’échelle de Tourism Academy, pour fréquenter au quotidien des patrons d’hôtels, de cafés ou de restaurants, nous savons qu’ils ont en commun (au moins) trois qualités essentielles pour réussir leur année 2023, et, plus largement, pérenniser l’activité de leurs entreprises et donc de leurs emplois.

L’engagement personnel en moteur d’action, à l’échelle de leur entreprise, sur leur territoire d’implantation, envers leurs clients, mais aussi leurs partenaires de business et leurs employés.

La bienveillance dans la relation, pour eux-mêmes, pour leurs clients et pour tous leurs partenaires internes et externes.

L’agilité enfin, dans leurs réflexions propres, leurs relations à leurs collaborateurs, partenaires et clients, et pour adapter leur stratégie au réel, quel qu’il soit, mais au fur et à mesure que le nouveau monde naitra.

C’est grâce et avec eux que se construira le monde d’après et j’espère sincèrement qu’ils seront plus nombreux que ceux qui soutiennent les Monstres…

Le vent se lève… et il est chaud !


A propos de l’auteur :
Article fourni gracieusement par Claude Bannwarth, cofondateur de Tourism Academy, le leader français du digital learning 100% dédié à la montée en compétence des collaborateurs des différentes filières du tourisme.
Avec son associée Marie Richard, et leurs douze collaborateurs, ils ont à leur actif la formation 100% en ligne et en réseau de plus de 15 000 salariés et 4 000 jeunes en insertion et demandeurs d’emploi se dédiant aux belles carrières proposées par la filière.
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