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vendredi 14 décembre 2018

Y-a-t-il un accord pour sécuriser le forfait-jour des HCR ?

Cet article a été soumis pour publication gratuite par un tiers qui en assume l'entière responsabilité. TendanceHotellerie n'approuve ni ne désapprouve ce contenu.
 
 

La tentative de sécurisation du forfait jours par la branche des HCR prend des airs de film à épisodes et comme souvent il aurait été nécessaire de s’en tenir au premier.

Les lecteurs peu sensibles aux feuilletons pourront se porter directement au deuxième paragraphe qui s’attache à la situation actuelle et aux moyens d’y remédier. Les curieux trouveront au paragraphe l’explication chronologique de cette situation.

1. Chronologie d’une tentative de sécurisation

Petit retour en arrière : le 7 juillet 2015 la Cour de cassation considère que les dispositions de l’accord de branche du 13 juillet 2004 ne permettent pas de garantir que l’amplitude et la charge de travail restent raisonnables. La conséquence juridique est désormais connue : les conventions de forfait en jours conclues sur le fondement de cet accord de branche sont nulles.

Les partenaires sociaux avaient anticipé l’arrêt de la Cour de cassation puisqu’ils avaient conclu dès le 16 décembre 2014 un avenant n°22 visant à se mettre en conformité avec la jurisprudence de la Cour de cassation.

Le 29 février 2016 l’arrêté publié est sévère : l’avenant n°22 est étendu sous réserve que soient précisées les modalités concrètes de suivi de la charge de travail des salariés. Même si l’arrêté d’extension pouvait être considéré comme illégal [1], les réserves émises par le Ministre ne sont pas du meilleur effet et pourraient être utilisées par des salariés à l’appui d’une contestation de la validité du forfait.

Le 8 août 2016, date de l’adoption définitive de la Loi Travail, une lueur d’espoir se fait jour. La loi autorise désormais une sécurisation unilatérale des accords collectifs mettant en place le forfait jours et qui seraient insuffisants au regard de la jurisprudence de la Cour de cassation. Le feuilleton aurait donc pu en rester là : grâce à une disposition expresse de la loi Travail, l’accord collectif de branche du 16 décembre 2014 pouvait être complété par chaque entreprise en ajoutant des modalités de contrôle de la charge de travail à celles prévues par l’accord.

Le 7 octobre 2016, les partenaires sociaux ont pourtant conclu un nouvel avenant n°22 bis, sans doute mus par la volonté louable de faire bénéficier toutes les entreprises de la branche de dispositions applicables directement, sans nécessité d’adaptation. Il porte principalement sur la réécriture des modalités de suivi du temps de travail [2].

Mais le mieux est parfois l’ennemi du bien. Le 9 mars 2018, le Ministre ne va rien trouver à redire aux nouvelles modalités « concrètes » de suivi de la charge de travail mais il émet deux réserves à l’extension de l’avenant du 7 octobre 2016.

Le Ministre estime d’abord que l’avenant doit être complété par un accord collectif d’entreprise [3] portant sur les conditions de prise en compte, pour la rémunération des salariés, des absences et des arrivées ou des départs en cours de période. Car la loi Travail a certes permis la sécurisation des accords conclus avant son entrée en vigueur mais elle a également ajouté de nouvelles clauses obligatoires pour les accords conclus après son entrée en vigueur parmi lesquelles la prise en compte des absences, arrivées et départs en cours de périodes. Cette réserve du Ministre semble malheureusement justifiée puisque l’accord n’envisageait que l’impact des absences sur le nombre de jours de repos et non sur la rémunération.

La deuxième réserve porte sur la nécessité de mettre en œuvre par accord collectif ou par décision unilatérale de l’employeur les modalités d’exercice du droit à la déconnexion. La réserve peut paraître sévère puisque l’accord prévoyait expressément que le salarié bénéficiait d’un droit à la déconnexion qui devait lui être rappelé par l’employeur. Le Ministre semble à exiger des mesures plus …..concrètes [4].

L’intérêt de ce feuilleton pourrait être réduit à un simple enchaînement malencontreux si les entreprises de la branche pouvaient ne pas tenir compte de l’avenant du 7 octobre 2016 et s’en tenir à la version de 2014 conclue avant la loi Travail, à compléter le cas échéant avec des modalités internes de contrôle.

Ce n’est malheureusement pas possible [5].

2. Etat actuel du forfait jours dans les HCR

L’avenant du 7 octobre 2016 est entré en vigueur le 1er avril 2018, 1er jour du mois suivant la publication de son arrêté d’extension. Depuis date, les dispositions issues de l’avenant du 16 décembre 2014 ne sont plus applicables. Comme l’indique le Ministre du travail, l’avenant du 7 octobre 2016 est, au regard de la loi Travail, incomplet.

Tout salarié ayant conclu une convention de forfait en jours dans une entreprise qui ne dispose pas par ailleurs d’un accord d’entreprise conforme, pourra donc, en s’appuyant sur les réserves émises par le Ministre, tenter d’obtenir la nullité de sa convention de forfaits en jours et, s’il a accompli des heures de travail au-delà de la durée légale, le paiement des heures supplémentaires, de leur majoration et éventuellement des dommages intérêts pour l’absence d’octroi de repos compensateur.

Face à cette situation, les entreprises qui ne sont pas dotées d’un accord collectif d’entreprise ont deux options :

  • Attendre un énième avenant à la convention collective qui ne manquera pas d’être conclu afin de tenter de mettre fin à ce feuilleton.
    Elles s’exposent dans l’intervalle aux demandes de rappels de salaires évoquées ci-dessus, demandes qui sont devenues quasi-systématiques en cas de licenciement d’un cadre dans une branche où l’accord est « fragile ».
    Les entreprises auront intérêt a minima à déterminer de manière unilatérale les modalités d’exercice du droit à la déconnexion comme le permet la Loi Travail.
    En outre, on ne peut que leur conseiller de respecter dès maintenant les modalités de suivi de la charge de travail prévues par l’avenant n°22 bis. Car que le forfait soit valable ou non, une charge de travail raisonnable réduit de facto les risques de réclamation.
  • Conclure un accord collectif d’entreprise définissant ces fameuses modalités de prises en compte des absences et entrées ou départ en cours de période sur la rémunération ainsi que celles relatives à l’exercice du droit à la déconnexion.
    Certes toutes les entreprises, de par leur taille notamment, n’ont pas toutes les mêmes facilités ou ressources pour conclure un accord collectif d’entreprise. On remarquera toutefois que l’ordonnance 2017-1718 du 20 décembre 2017 a néanmoins grandement facilité la conclusion d’accords collectifs dans les entreprises dénuées de délégué syndical. Il est ainsi envisageable pour les entreprises de moins de 20 salariés non dotées de CSE de faire valider un accord sur le sujet via un référendum auprès des salariés. Pour les entreprises de plus de 20 salariés, elles pourront soit conclure un accord avec les membres du CSE, soit avec des salariés mandatés par une organisation syndicale.

Enfin, les entreprises de la branche qui sont dotées d’un accord collectif « maison » ont également intérêt à se poser la question de sa conformité à la loi et à la jurisprudence car tant que le feuilleton de la sécurisation du forfait n’est pas terminé, l’accord de branche ne pourra pas combler ses éventuelles carences.

Par Aymeric d’Alançon, of Counsel en Droit Social au sein du cabinet CHASSANY WATRELOT ASSOCIÉS


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Article fourni gracieusement par :
Aymeric d’Alançon of Counsel en Droit Social au sein du cabinet CHASSANY WATRELOT ASSOCIÉS

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[1Cf La sécurisation manquée des forfaits jours dans la branche des hôtels cafés et restaurants JCP Edition sociale 14 juin 2016

[2La responsabilité de l’employeur dans le contrôle de la charge de travail ainsi que la nécessité d’assurer au salarié les repos quotidiens et hebdomadaire sont rappelés. Une faculté pour le salarié de provoquer un deuxième entretien sur la charge de travail est introduite. Mais on peut être dubitatif sur les avancées concrètes en matière de suivi. Il semble surtout que certaines déclarations de principes sur la responsabilité de l’employeur dans le contrôle de la charge de travail constituent désormais le sésame pour obtenir l’extension.

[3Cette réserve n’est plus illégale puisque l’article L. 2261-25 du code du travail précise dans son dernier alinéa issu de l’ordonnance 2017-1388 du 22 septembre 2017 que le Ministre peut étendre les clauses d’un accord appelant des dispositions complémentaires en subordonnant son entrée en vigueur à l’existence d’une convention d’entreprise prévoyant ces stipulations.

[4L’arrêté donne des exemples qui peuvent servir aux futurs négociateurs : définition de plages habituelles de travail en dehors desquelles le salarié est présumé non connecté, rappel que les courriels sont envoyés en priorité pendant ces plages et qu’un courriel reçu en dehors n’appelle pas de réponse immédiate sauf situations d’urgence prédéfinies, message automatique informant le salarié qu’il s’apprête à envoyer un courriel en dehors des plages habituelles de travail et l’invitant à différer son envoi, intégration d’alertes dans la signature des courriels précisant au destinataire qu’il n’est pas tenu d’y répondre immédiatement s’il le reçoit pendant ses temps de repos, interruption des serveurs pendant ces plages et les jours de repos hebdomadaire, analyse périodique des volumes de connexions et de messages envoyés sur certaines plages horaires

[5Sauf à faire une lecture littérale de l’article L. 2261-25 du code du travail et considérer que tant qu’un accord d’entreprise n’est pas conclu, les dispositions de l’avenant du 7 octobre 2016 ne sont pas entrées en vigueur…

 
 
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