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vendredi 16 novembre 2018

Le dilemme du blogueur : gagner de l’argent ou être indépendant ?

 
 

Jamais la fable de La Fontaine "La Grenouille qui veut se faire aussi grosse que le Boeuf" n’a autant correspondu aux aspirants du nouveau monde virtuel. En voulant publier du contenu de meilleure qualité que des professionnels, bon nombre de blogueurs veulent devenir calife à la place du calife car finalement ce qui les intéresse est de vivre de leur activité, même s’il faut y sacrifier son indépendance. Quelle différence entre un journaliste payé par sa rédaction, un inspecteur du Michelin payé par le Guide Rouge et un blogueur qui veut se faire passer pour un billettiste indépendant ?

Une Grenouille vit un Boeuf
Qui lui sembla de belle taille.
Elle, qui n’était pas grosse en tout comme un oeuf,
Envieuse, s’étend, et s’enfle, et se travaille,
Pour égaler l’animal en grosseur,
Disant : "Regardez bien, ma soeur ;
Est-ce assez ? dites-moi ; n’y suis-je point encore ?
- Nenni. - M’y voici donc ? - Point du tout. - M’y voilà ?
- Vous n’en approchez point. "La chétive pécore
S’enfla si bien qu’elle creva.
Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages :
Tout bourgeois veut bâtir comme les grands seigneurs,
Tout petit prince a des ambassadeurs,
Tout marquis veut avoir des pages.

Le monde du blog souffre d’un dilemme insoluble : parti seul à la conquête du web pour défendre une parole plus simple et plus proche des gens que celle des guides ou des professionnels eux même, il se heurte à la réalité économique selon laquelle travailler sans revenu ne dure pas longtemps.

Entre l’envie d’essayer de faire mieux et la prétention de pouvoir faire mieux que des professionnels de l’écriture, c’est à chaque lecteur de se faire son opinion à propos de l’auteur du billet qu’il parcourt. Le succès d’un blog n’est pourtant pas forcément lié à la qualité de son contenu mais doit beaucoup au marketing déployé pour le faire lire/cliquer/partager.

Pour ne pas mourir clochard, bon nombre de blogueurs ont noué des "relations" avec les gens, les produits et les entreprises à propos desquels leur point de vue totalement indépendant est pourtant la base de leur discours. Certains blogueurs n’hésitent pas à demander un repas gratuit ou une nuit gratuite. On se souvient d’ailleurs du lynchage en place publique d’un pseudo-blogueur qui avait osé tenter de soutirer des repas gratuits auprès d’un restaurateur. Le profiteur minable s’est pris une volée de bois vert de toutes parts et surtout de blogueurs confirmés du monde culinaire, comme si 100 % d’entre eux avaient toujours payé 100 % de leur repas et n’avaient jamais écrit sur commande. C’est en se mêlant à la meute et en frappant fort qu’on s’absout de ses propres pêchés.

Lors du récent salon des blogueurs du voyage à Cannes, un sondage a semblé intéressant : 48 % des 83 blogueurs présents et sondés souhaitent pouvoir vivre de leur activité (20 % en vivent déjà). Ça laisse donc 52 % de blogueurs qui n’ont pas encore oublié le principe de base de leur activité dominicale. Enfin quand ils se rendront compte qu’ils peuvent en vivre en copinant, un certain nombre d’entre eux changera de camp.

Une autre statistiques intéressante, c’est que le nombre de vieux blogueurs (pas des papis, des gens qui bloguent depuis plusieurs années) est faible en comparaison au nombre de jeunes blogueurs : être blogueur c’est "in" alors c’est la folie depuis 2 ou 3 ans. On est donc entré dans l’ère du blogging de masse. Faire le tri des bons et des mauvais, des opportunistes et des autres, etc... va se faire au détriment du formidable outil qu’est le blog : on va généraliser alors que le blog est par définition le reflet de la pensée d’un(e) seul(e).

Certains professionnels entretiennent des relations volontairement ambiguës, par exemple Citadines qui à l’occasion de ses 30 ans organise Citadines Moments #30 qui consiste à faire voyager 4 blogueurs dans toute l’Europe pendant 10 jours. Le "taf" des blogueurs est, dixit le communiqué officiel de Citadines de "nos quatre blogueurs-reporters redoubleront d’ingéniosité pour mobiliser les internautes, afin que ces derniers les soutiennent par leurs votes quotidiens. Blogueurs et internautes auront ainsi la possibilité de gagner de nombreux séjours... dans les 43 résidences Citadines situées au cœur des plus grandes villes d’Europe.". On nous prend vraiment pour des prunes !

L’opération est donc strictement marketing : on invite des leaders d’opinion (gratuitement ?) puis on attend que leurs gentils lecteurs fassent le boulot de diffusion sur les réseaux sociaux. Sans vouloir dénigrer le produit Citadines qui répond à un besoin sur son marché, il y a sans doute moyen de trouver plus personnel et certainement moins cher que Citadines dans chacune des villes concernées.

Engager ce genre d’opération à grande échelle et de manière répétitive revient donc à prendre les lecteurs de ces billets "sponsorisés" pour des débiles profonds. Le jour où ils s’en rendront compte, le boomerang reviendra fort et surtout dopé aux réseaux sociaux. Quand à l’instar du Seven à Paris le concept de l’hôtel est lui aussi marketing et de facto à court et moyen terme, la diffusion de l’offre passe fatalement par ces artifices. Quand l’hôtel entretient une forme de tradition inscrite jusque dans la pierre, le grand écart avec le blogueur éphémère est trop criant ; de toute façon la pierre risque de boucher les tuyaux du web car la bouillie pré-mâchée y fait fureur.

Dans la presse, on a l’habitude des voyages de presse et des éductours dont certains journalistes sont abonnés et accrocs. Là également, peu nombreux sont ceux qui avouent écrire sur commande.

Quelle(s) solution(s) ? La moindre des choses est de signaler à ses lecteurs quand un contenu a été sponsorisé. Mais combien de blogueurs, de journalistes ou d’auteurs le font naturellement ?

Le web ne peut et ne doit pas sacrifier l’éthique et la liberté de parole au nom du mercantilisme : la démocratie se nourrit et grandit des avis ou opinions des uns et des autres, pas de la dictature des marques.

 
 
 
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