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dimanche 24 juin 2018

L’imposture du gratuit

 
 

A l’heure de l’Internet payant, et oui quasiment tout est payant quand on est commerçant et qu’on souhaite diffuser ses offres à ses clients, il faut être soit un peu fou soit légèrement en retard sur son temps pour croire au Père Noël et s’attendre à ce que le sauveur soit gratuit, tout particulièrement quand on parle de sociétés commerciales à but LUCRATIF.

Rendons à César ce qui lui appartient : les fondateurs de TREOVI ont fait des pieds et des mains pour qu’on parle d’eux sur TH depuis déjà un certain temps, mai 2012 pour être précis, soit 2 mois avant le "lancement" de TREOVI en juillet 2012. Entre temps, d’autres sites en ont fait l’apologie, tout fiers qu’étaient leurs auteurs d’avoir découvert ce miracle mirage . Et bien parlons-en...

Tant qu’on a pas compris que les modes d’acquisition du client depuis la création de Google il y a moins de 15 ans ont évolué, on ne peut pas se rendre compte que créer une marque commerciale en partant de zéro, sans revenus et sans dépenser un kopeck est fatalement voué à l’échec. Aujourd’hui les marques ont (re)pris le pouvoir sur Internet et les internautes vont directement sur les sites de ces grandes marques en complément de recherches classiques par des moteurs de recherche. Qui sont ces grandes marques quand on parle d’hôtel ? En voici quelques unes listées sans ordre d’importance : Tripadvisor, Booking, Trivago, Expedia... sans oublier les sites des chaînes elles même comme Accor-Hotels.com ou Marriott.com... et surtout sans oublier Google qui monte avec son bébé GoogleHotelFinder.

Aucun de ces entonnoirs de trafic ne renvoie gratuitement vers une offre ferme (prix ferme à une date donnée). Ce sont pourtant ces sites qui concentrent aujourd’hui une immense part du trafic des clients à la recherche d’un hébergement. Un hôtel bénéficie quand même d’un peu d’exposition gratuite sur les sites UGC (User Generated Content) mais tout est fait pour qu’un ogre dévore inlassablement chaque client qui passe.

Côté recherche sur les moteurs, Google a laissé s’imposer le brandjacking grâce au référencement payant qui assure sa fortune, mais surtout change de plus en plus souvent les règles de son "algorithme" quand on parle de référencement naturel. Disons plutôt que tout est fait pour pousser les gens à passer à la caisse et financer l’hégémonie du Dieu Google dont le dada est de créer l’être suprême, un hybride mécanisé dopé à l’intelligence artificielle (cf. newsletter 66). Mais au fait, nos ancêtres ont survécu malgré son absence (de Google NDLR)...

La seule alternative, bancale en l’absence de moyens financiers, serait d’avoir un vrai concept, un concept qui plait aux clients, pas aux hôteliers, car rappelons-le, ce sont les clients qui effectuent des réservations, pas les hôteliers. Le client se fout royalement de savoir s’il y a ou non une commission, c’est le prix final qui l’intéresse. Rien du côté "concept" non plus...

Côté réseaux sociaux, avec 223 fans glanés en un an sur Facebook et 287 abonnés sur Twitter, ce n’est pas de ce côté qu’on peut espérer des ventes.

Soutenir dans ces conditions être un OTA gratuit est soit une erreur d’appréciation, soit une grave erreur d’appréciation... Même si les fondateurs de TREOVI certifient qu’ils auront bientôt un modèle économique sans pour autant perturber cette gratuité d’affichage, il est plus qu’évident que le payant va faire irruption pour un affichage en tête de liste, pour un contenu plus attractif, pour pouvoir être trouvé sur les comparateurs et surtout enregistrer des réservations, car c’est quand même le but recherché :).

Le comble de la mise en scène est l’absence d’hôtels sur la plateforme. Le siège de TREOVI étant basé à Genève en Suisse, on pourrait espérer trouver des résultats à une requête de disponibilité à Genève plus d’un an après le lancement du service. Voyez le résultat :
Rien que 98 hôtels sur Booking

Et seulement 4 hôtels sur TREOVI.com, dont aucun n’a de disponibilité et dont seulement 2 sont cliquables

Les requêtes sur d’autres dates et/ou d’autres villes donnent d’aussi piètres résultats.

Au final, est-ce celui qui a fait rêver ou celui qui a rêvé le plus à plaindre d’y avoir cru ? Si les hôteliers n’avaient pour seul investissement qu’un ordinateur, sans doute que oui... Dans le monde réel, les hôteliers ont de plus en plus d’investissements à réaliser pendant que les marges sont rognées par l’agressivité gargantuesque des gentils monstres NASDAQuiens. Le temps des rêves est terminé et a cédé la place à celui de l’action !

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    Les commentaires


    1. le 18 juillet 2013 à 07:01, par HM35

    Mea Culpa ; j’y ai cru ( trop envie d’y croire sans doute)
    Un an après le site est toujours en version BETA donc ils n’ont en effet toujours pas avancé . Dommage !
    L’idée paraissait intéressante puisqu’elle consistait à multiplier les interfaces avec les moteurs de réservation des sites officiels d’hôtels, donc simple à gérer pour les hôtels. Le site aurait ainsi permis d’afficher prix et disponibilités comme les autres (donc pratique pour les internautes) mais choisissait un modèle de rémunération différent:la publicité.
    La question était donc de savoir si les fondateurs avaient suffisamment de fonds pour tenir la période de lancement qui serait fatalement longue dans un marché déjà saturé en offre.
    Puisque Treovi voulait un article, il aurait été intéressant que vous les interrogiez sur le complet décallage entre le planning annoncé et la réalité un an après les 1ers communiqués de presse. Est ce parce que les fournisseurs de moteurs de réservation n’ont pas voulu développer les interfaces ? Ces moteurs ayant déjà des interfaces avec les OTA ont-ils subi certaines pressions pour leur demander de ne pas travailler avec Treovi ?
    Sans interface avec les BE => pas d’hôtel dans la base => donc aucun intérêt côté client => donc projet qui ne décolle pas

    2. le 18 juillet 2013 à 09:50, par TH

    Il faudrait éviter de reporter la faute sur les CRS et les channel manager mais plutôt se concentrer sur l’absence de concept. D’ailleurs treovi se vante de connections avec un certain nombre de channel manager internationaux (Cubilis, Rategain, EZYield, Iperbooking), ce qui donne déjà accès à des milliers d’hôtels. Recruter 20 hôtels de test dans sa propre ville n’a jamais été un problème pour n’importe quel concept pertinent, tout particulièrement en Suisse, Genève pour être exact, où les hôteliers sont plus réfléchis que la majorité des hôteliers français. Trouver 20 hôtels à Paris n’est pas un problème non plus...
    Le concept du ZERO COMMISSION n’a strictement aucun impact sur 95 ou 98 % des clients, ceux qui font leurs courses au supermarché en sachant que c’est "mal" pour le producteur mais tellement pratique. Pour les autres, acheter "propre" doit avoir un impact sur leur expérience et/ou leur porte-monnaie. Rien de ce côté.
    Pire, l’absence de revenu (indexé sur le CA ou forfaitaire) prive treovi de la possibilité d’acheter des prospects sur les moteurs de recherche, sur les réseaux sociaux ou sur les métamoteurs. C’est pourtant sur ce terrain que sont l’immense majorité des internautes.
    Quant à la volonté de treovi d’avoir un article, imaginons la vie où une simple demande suffirait à obtenir tout ce qu’on veut : argent, choses, sexe... Ce serait vite le chaos.

    Pas de concept = > pas d’intérêt pour le client
    Pas de concept pour le client => pas d’intérêt pour les hôtels
    Pas d’intérêt pour le client + pas d’hôtels + pas de revenus => pas de levier de croissance

    3. le 26 juillet 2013 à 15:21, par Michal

    Bonjour,
    Je suis l‘un des co-fondateurs de Treovi. HM35, pas besoin de faire de mea culpa, vous avez toutes les bonnes raisons d‘y croire. Vous avez également raison de mentioner le fait sur un certain decalage entre un premier calendrier et la mise en place d‘une offre d‘hotels qui serait attirante pour l‘utilisateur final. La premiere etape est bien evidemment de developper les interfaces, la deuxieme, d‘aller chercher nous meme les hotels et les contracter individuellement - cela prend du temps si on veut le faire bien, encore plus de temps si on est une start-up. De la on veut creer une offre coherente sur la plupart des villes europeennes avec environ 30 a 40 hotels dans chaque. Et mettre en place quelques villes pilotes pour nos produits specifiques qui vont permettre a l‘utilisateur final de reserver pour moins cher (il faut donc avoir un produit).
    On travaille sur cela. Si vous lisez notre blog - on était à Milan en Juin, on sera à Londres pour le WTM en Novembre.
    Si vous avez des questions n‘hesitez pas !
    Michal

 
 

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