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mardi 14 juillet 2020

#COVID19, déconfinement, crise économique, experts, reprise, aide : le Père Noël existe-t-il ?

 

Il est difficile de ne pas entendre les discours tantôt optimistes, tantôt pessimistes à propos de l’après confinement. Faut-il pour autant croire au Père Noël ?

Des personnes expérimentées ne savent pas, mais certains « experts » savent !

Parmi d’autres personnes expérimentées, Dominique Strauss-Kahn, le controversé et néanmoins brillant DSK, a récemment publié l’article L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise, qui décrit plusieurs crises dans la crise, la crise de l’offre et de la demande, la crise profonde du court terme, la crise de la finance, la crise des équilibres mondiaux et de la mondialisation débridée, la crise des modèles politiques qu’ils soient démocratiques ou autoritaires, etc... et dont personne ne connaît les issues. Avoir occupé de si hautes responsabilités, appris toute sa vie et rencontré autant de dirigeants du monde ne lui permet pas de faire des prédictions.

Dans le secteur du tourisme, les prévisions des oracles du tourisme sont nombreuses et n’engagent que celles et ceux qui y croient  ! Les enfoncements de portes ouvertes ne sont que des figures de style destinées à embobiner... dans un contexte de disparition de tout sens critique.

A quand un vaccin contre la perte de sens critique ?

Peut-être faudrait-il retrouver la capacité à lire un texte... et à comprendre

La publication vendredi de l’étude Api & You sur les perspectives de consommation après la crise en est un exemple frappant : le nombre de partages est impressionnant alors que l’étude n’a strictement aucune portée généraliste.

C’est d’ailleurs clairement indiqué : l’étude a été réalisée auprès de gens qui ont acheté des coffrets cadeaux. En fait c’est un peu comme si on demandait à des clients en train de manger chez MacDo ce qu’ils pensent de MacDo : on peut dire qu’ils aiment MacDo, mais on ne peut pas en conclure qu’ils aiment aller au restaurant, ni qu’ils aiment les asperges !

Pour le dire autrement, cette étude permet de comprendre le comportement de personnes qui ont fait la démarche d’acheter un coffret cadeau, et uniquement elles.

Comprendre ne signifie pas « lire ce qu’on a envie de lire », mais tout simplement entendre la signification des mots

Les annonces du Président Macron et la date du 11 mai

La fin du confinement est prévue le 11 mai, si tout va bien. Mais elle sera progressive et de toutes les façons les cafés, restaurants, commerces non essentiels et hôtels resteront fermés, même si les hôtels n’y ont jamais été contraints légalement.

Les évènements sont TOUS annulés jusqu’à la mi-juillet : pas de salon, de conférence, de festival d’ici là...

Mais surtout, les frontières avec les pays non européens restent fermées jusqu’à nouvel ordre.

Le déconfinement sera progressif. les clients ne vont pas se précipiter dans les hôtels !

Par contre, le gouvernement doit annoncer des mesures d’accompagnement de plusieurs filières dont le tourisme.

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Nous sommes en récession !

Tout le monde s’accorde à dire que nous sommes entrés en récession. Le secteur du tourisme est sans doute l’un de ceux qui va souffrir le plus et c’est assez « normal » car voyager ne fait pas partie des préoccupations premières et passe très loin derrière le fait d’avoir un travail, de nourrir sa famille, d’avoir un toit, d’éduquer ses enfants, de se maintenir en bonne santé, de se déplacer à minima pour l’essentiel, etc...

Les grands patrons appellent à la reprise

Ils sont parfaitement dans leur rôle. Si celles et ceux qui dirigent les moyennes et grandes entreprises ne disent pas d’une seule voix « allez on bosse », qui va le faire ? Les petites boîtes sont bien trop dépendantes des plus grosses pour agir seules. Quant aux gouvernements, pourraient-ils mettre les gens en prison au prétexte qu’ils refuseraient de travailler ?

Derrière ce cri de la raison se cache un cri du cœur qui a peur de voir la récession si forte qu’elle empêcherait tout redémarrage de l’économie, avec à la clé un retour à des situations que les pays occidentaux n’ont pas connu depuis longtemps.

Les grands patrons salariés n’ont qu’un travail à perdre, les entrepreneurs leur patrimoine, leurs employés leurs moyens de subsistance, les actionnaires leur capital. Tous ont leur destins liés et il serait inadmissible que l’un un l’autre s’enrichisse en appauvrissant sciemment ses partenaires.

C’est ensemble qu’on peut s’en sortir, pas seul contre les autres !

Mais surtout peut-on penser sérieusement que le tourisme va retrouver rapidement ses niveaux de performance des dernières années ? La réponse est NON pour l’instant.

Pour autant, il est impossible de dire :

  1. si les performances historiques des dernières années se répéteront en 2021, 2022, 2025 ou 2030.
  2. mais surtout combien d’entreprises vont partager ce grand gâteau du futur ? Combien d’hôtels vont disparaître d’ici là : 10%, 15%, 20%, 25%, plus ?

Faut-il redémarrer et reconstruire à l’identique ?

On entend beaucoup de bruit mais peu de voix qui s’expriment de manière constructive et étayée sur les grands débats de société : relocalisation, indépendance stratégique, revenu minimum, système de santé, expression de la démocratie, etc... mais aussi tourisme de masse.

L’Espagne a commencé à aborder l’idée du revenu minimum. Avoir été pour ou contre par principe ou par raison hier n’engage en rien sur le débat qui mériterait d’avoir lieu maintenant, au moment où des millions de gens perdent leur emploi un peu partout. Si ce revenu minimum pouvait simplifier le millefeuille administratif des aides et des exceptions, alors il pourrait redistribuer les effectifs de fonctionnaires sur des tâches qui concernent et aident vraiment les gens. Encore faudrait-il le faire sans créer une nouvelle surcouche au millefeuille !

Faut-il redémarrer le tourisme de masse qui asphyxie et dégrade des lieux ou destinations comme le Mont Saint Michel, Venise, Benidorm, Las Vegas, Bangkok, etc... ?

Du côté du monde politique, il y a du ménage à faire pour sortir de la culture de l’affrontement perpétuel pour des queues de cerise !

Le bon sens voudrait qu’on tire les leçons du passé !

Le chômage partiel

La France a mis en place cette formidable mécanique du chômage partiel. Même s’il est accordé très facilement aujourd’hui, il faudrait être naïf pour croire que la chasse aux fraudeurs ou abuseurs n’aura pas lieu.

Faut-il souscrire à l’argent facile de l’état ?

Tout le monde parle de l’argent facile et des crédits de trésorerie : si l’entreprise allait déjà mal avant la crise, comment pourrait-elle aller mieux au point de rembourser de tels crédits après la crise, en pleine pénurie prévisible de clients pendant sans doute de longs mois, peut être plus, surtout dans un secteur sinistré comme le tourisme ou l’évènementiel ?

Les allègements et annulations de charges sociales sont un autre sujet : s’il n’y a pas de chiffre d’affaires, supprimer les charges pendant une période déterminée est un principe de bon sens.

Les états en général et l’état français vont probablement recourir à la nationalisation de certaines entreprises. La France pourrait renationaliser temporairement Air France. Ce n’est pas pour autant que la France va nationaliser le café du coin ni l’hôtel de la gare ni la scierie de l’arrondissement !

Aider Air France ne signifie pas payer des voyageurs pour voler dans les avions, mais seulement l’aider financièrement en attendant que le trafic aérien retrouve un niveau suffisant à son autonomie financière.

La lucidité

Ce qui manque depuis longtemps semble être la lucidité :

  • la lucidité de savoir si on veut que le monde d’après soit le même que celui d’avant,
  • la lucidité de savoir si on veut continuer soi même comme on le faisait avant,
  • la lucidité de savoir si on veut un monde différent pour ses enfants et petits-enfants,
  • la lucidité de savoir si son entreprise peut rebondir ou renaître,
  • la lucidité de calculer le prix de ce rebond ou de cette renaissance,
  • la lucidité de savoir si on veut que notre quotidien soit dominé par les produits chinois et la technologie américaine
  • la lucidité de savoir si on veut avoir affaire aux petits commerçants du coin (et de plus en plus en ligne), ou à des mastodontes distants et froids
  • la lucidité de savoir si on veut qu’Internet soit un lieu d’hyper concentration ou alors ce qu’il est par nature : un maillage des territoires et des gens
  • la lucidité de savoir si on peut travailler avec ses confrères qu’on appelait souvent concurrents
  • la lucidité de savoir si on veut vivre pour travailler ou travailler pour vivre
  • la lucidité de se remettre en question
  • la lucidité de connaître ses lacunes et d’y remédier
  • etc...

Le « on a toujours fait comme ça » n’existe plus !

Malgré les conditions, malgré le contexte, malgré la mort qui rôde, malgré les alertes, nombreux sont les gens parmi lesquels des chefs d’entreprise à penser que ça va rentrer dans l’ordre !

Le sondage lancé par TH auprès de ses abonnés assidus recèle son lot de réponses de gens qui pensent qu’on est toujours dans le monde d’avant mars 2020. Si ces gens agissent de la même manière dans leur propre entreprise, elle est mal barrée !

Conclusion

Si on veut s’en sortir, il va falloir

  • analyser froidement la situation
  • réfléchir
  • prendre des décisions parfois douloureuses
  • bosser
  • se serrer la ceinture
  • se soutenir

Le tourisme et l’hôtellerie sont dans une situation totalement inédite. Il est maintenant établi que la reprise sera progressive. Il est probable qu’elle sera lente. Il est très probable qu’elle sera partielle dans le sens où elle ne concernera pas toutes les entreprises.

La facture de la crise actuelle et des entreprises qu’on pourra sauver sera payée par nos enfants et petits-enfants. Celle des entreprises qu’on aura sauvé alors qu’elles n’avaient aucune chance et auront failli sera payée par nos arrières petits-enfants.

Dans ce contexte, croire au Père Noël est la pire des mauvaises idées car il n’existe pas !

 
 
 
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