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mercredi 8 avril 2020

Barry Diller licencie 12% des effectifs d’Expedia, soit 3000 salariés

 

Barry Diller avait fait sensation lors de la dernière conférence de publication des résultats financiers 2019 et dont Dennis Schaal de Skift avait fait un résumé objectif.

 

Ce qu’a dit Barry Diller lors de cette conférence

Effrayant : « 19 ans après avoir investi, j’ai (enfin) compris ce que fait Expedia »

Barry Diller a investi dans Expedia en 2001.

Il lui aura fallu attendre de virer le CEO Mark Okerstrom et le CFO Alan Pickerill en décembre 2019 pour comprendre ce qu’est Expedia :

I got incredibly energized about this because I actually began, other than superficially, as the chairman … I began to really understand the levers of this business and what the opportunities were and what the condition of the company was that I thought relatively quickly we could turn. So we’re at it. And it’s not going to last beyond ’20, but that’s where we are for now.

Minabilissime : une critique en règle des derniers dirigeants

Barry Diller a critiqué la dernière équipe de management de la société qui d’après lui était l’inverse d’Amazon où règne le all work and no life, alors que chez Expedia il a parlé de all life and no work et enormous exaggeration.

As I said it before, we were a bloated organization,” Diller said. “I mean not because people were lazy or whatever, but over the years, just chasing the tail of growth and all that, we’re just adding people and people and complexity and all this stuff until, frankly very few people could figure out what the hell they were supposed to do during the day.

 
Quand un grand patron à peine expérimenté de 78 ans et principal actionnaire se défausse ainsi sur les équipes de direction qu’il a pourtant contribué à nommer, c’est soit de la sénilité, soit un déni de responsabilité. Si la société est dans l’état qu’il décrit, la première personne qui devrait démissionner dispose du siège de président du conseil d’administration, le « Chairman » (Barry Diller NDLR).

D’ailleurs, peu importe que cette situation soit de l’incompétence, de l’arrogance ou de la sénilité, le résultat est le même !

Il est utile de se souvenir que Mark Okerstrom n’a été CEO QUE pendant 2 ans. Auparavant il était CFO alors que Dara Khosrowshahi était CEO. La gestion des ressources humaines très égalitaires entre hommes et femmes chez Expedia ne date pas d’hier. Tout mettre sur le dos de Mark Okerstrom et épargner Dara Khosrowshahi décrédibilise le messager plus que le message.

Google et les métamoteurs sont également responsables !

Barry Diller mentionne les métamoteurs comme entraînant la baisse de ses marges. Se souvient-il avoir fait l’acquisition de trivago il y a quelques années ?

Bien évidemment, il étrille Google à raison.

Mais surtout, il revêt son costume de Superman et déclare qu’il va se concentrer sur ses marques et dépenser moins sur Google et les métamoteurs. Une preuve supplémentaire de son arrogance sénile ! On a en effet attendu Monsieur Diller pour comprendre que Google dévorait tout sur son passage mais surtout on a tous été stupides au point de ne pas comprendre qu’il suffisait de se concentrer sur sa propre marque. #mazette

Merci Monsieur Diller !
 
Personne n’y avait pensé...

Sa réponse : on va couper les coûts

Parmi les éléments évoqués, une réduction des coûts de l’ordre 300 à 500 millions de dollars en 2020.

Que pouvait-on attendre de plus d’un discours aussi manichéen ?

 

Le passage à l’acte : 3000 personnes virées

Le « Travel Leadership Team »

Afin de ne pas être LE responsable de ces drastiques réductions de coûts, Barry Diller évoque la décision d’un Travel Leadership Team.

Dans le genre #jenassumepasmesresponsabilités, il persiste et signe !

Les chiffres

GeekWire l’a révélé hier soir : Expedia va licencier 3000 personnes à travers le monde (25.400 personnes au 31 décembre 2019), dont 500 des 4000 personnes basées au siège à Seattle aux Etats Unis. Environ 12% des effectifs mondiaux sont donc impactés.

Le « superflu » est supprimé

Bon nombre de projets « secondaires » et non stratégiques sont de facto abandonnés.

Quand on voit le niveau de l’étude sur le Revenue Management dont un représentant d’Expedia a publié une tribune hier : Revenue Management Hôtelier : Sommes-nous à l’aube d’une révolution ?, on pourrait presque être d’accord avec ce cher Barry sur l’inutilité de certains projets chez Expedia. Cette étude pourtant réalisée par Phocuswright est tout simplement pauvre : elle fait un constat navrant de ce qui a un jour constitué la base du Revenue Management appliqué à la distribution mais ne fait preuve d’aucune vision stratégique de ce qu’est en train de devenir cette discipline porteuse d’avenir et dopée à l’AI.

Le contenu de l’email envoyé aux employés :

Following our disappointing 2019 business performance and our change in senior-most management, the Travel Leadership Team has spent the last few months determining a better way forward. A major reason for our management change was the deep belief from Barry, Peter, and the Board that while travel remains rich with opportunity, our Company needed a fresh and forward look at clarifying our strategy and simplifying our operations.
 
After consulting with leaders around the globe, we recognize that we have been pursuing growth in an unhealthy and undisciplined way. The accountability for our results lies with the Travel Leadership Team, and we are committed to fundamental changes in our approach to improve success. Moving forward, we will exert more discipline in setting priorities and allocating resources, simplify our business processes and inter-dependencies, raise the bar on performance standards, and demonstrate and demand accountability for results.
 
Today, we are announcing our intent to reduce and eliminate certain projects, activities, teams, and roles to streamline and focus our organization. In geographies where we have clarity, we will start implementing these intended changes this week by notifying individuals. In others, we will be initiating consultations with employees and their representatives to discuss our proposals.
 
Transitions like this are difficult as the impact is felt by teammates, colleagues, and friends we have known and partnered with through ups and downs. For those who will be leaving, we thank you for your many contributions to Expedia Group and wish you safe travels as you find your next opportunity. For the many who are continuing forward, travel is intensely competitive and demands our very best leadership, innovation, collaboration, and execution to win. This is what we are asking of you and demanding of ourselves, along with the day-to-day discipline that will make us a more nimble and thriving company for years to come.
 
Great tech companies have walked this same path in order to come back stronger and more competitive than ever. We have restarted the journey and bringing the world within reach is in our hands. Let’s redouble our efforts for our customers, our partners, our investors, and ourselves to make Expedia Group the successful, growing, and winning company we can all be proud of.
 
The Travel Leadership Team

 

Le début de la fin ?

Non, Expedia n’est pas mort. Ces réductions de coûts en mode Donald Trump (qu’il exècre !) vont porter des résultats rapidement visibles sur les marges instantanées. La bourse va de facto adorer !

Les conséquences de la fermeture de certains projets à l’avenir stratégique ne seront pas vraiment visibles, hormis le fait que que l’innovation va redevenir « normale » au lieu d’être « innovante ». C’est dans 5 ou 10 ans qu’on se dira : «  Est-ce que tu te souviens de l’époque où Expedia était un moteur du monde du voyage ?  ».

Quant au rôle social que menait Expedia, par exemple avec l’égalité de durée du congé maternité/paternité, ne plus innover sur ce plan signifie quitter le club restreint des entreprises qui démontrent qu’on peut salarier autrement.

Le bon côté de cette purge, c’est que d’excellents professionnels vont être disponibles sur le marché du travail ! En effet, pour rentrer chez Expedia il fallait être bon mais surtout il fallait s’améliorer en continu pour y rester...

Ce dont a besoin Expedia aujourd’hui n’est pas uniquement d’un CEO mais surtout d’un Chairman responsable et visionnaire ! Ou de se faire acheter par...

 
 
 
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    Les commentaires


    1. le 11 mars à 18:42, par TH

    Des salariés licenciés témoignent sur PhocusWire

 
 

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