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samedi 10 avril 2021

Réflexion personnelle : la bi-crise de la Covid-19 sonne-t-elle le clap de fin des individualismes et le début de la réappropriation de l’avenir ?

 

D’une part, la crise sanitaire continue à tuer des gens qui n’ont rien demandé à personne et dont beaucoup avaient encore de très nombreuses et sans doute superbes années à vivre.

D’autre part, la crise économique qui fait suite aux mesures sanitaires dont on comprend, dès que l’on prend 2 centimètres de recul qu’il n’y avait pas vraiment d’autre solution, va tuer de nombreuses entreprises et détruire des emplois. Pour faire autrement sur le plan économique, il aurait fallu que la machine étatique ait été préparée sur le plan sanitaire.

Cette « bi-crise » ne fait que mettre en lumière des problèmes profonds et anciens de la société française.

 

Absence de vision et opportunisme ont conduit aux âneries politiques successives que nous payons cash aujourd’hui

 

Le décès de Valéry Giscard d’Estaing donne à cet article en gestation depuis quelques jours un éclairage différent. VGE a construit les marches de la société française de ces 40 dernières années et sur lesquelles se sont vautrés ses successeurs quand ils n’en sont pas tombés...

L’anéantissement du système de santé depuis 40 ans

La seule statistique de santé facilement accessible et surtout incontestable car publiée chaque année au Journal officiel est celle du numerus clausus, ce nombre de candidats de 1re année de médecine pouvant accéder en 2e année. Le reste du système de santé a subi la même purge des soignants et a vu augmenter le ratio soignants versus administratifs.

Numerus clausus annuel, nombre de candidats et taux d’admission de la filière médicale
AnnéePlaces en médecine
1972 8 588
1973 8 486
1974 8 564
1975 8 607
1976 8 669
1977 8 671
1978 8 281
1979 7 853
1980 7 121
1981 6 423
1982 6 409
1983 5 900
1984 5 000
1985 4 754
1986 4 750
1987 4 460
1988 4 100
1989 4 100
1990 4 000
1991 4 000
1992 3 750
1993 3 500
1994 3 570
1995 3 576
1996 3 576
1997 3 576
1998 3 583
1999 3 700
2000 3 850
2001 4 100
2002 4 700
2003 5 100
2004 5 550
2005 6 200
2006 6 850
2007 7 100
2008 7 300
2009 7 400
2010 7 400
2011 7 400
2012 7 500
2013 7 492
2014 7 492
2015 7 497
2016 7 633
2017 8 124
2018 8 205
2019 9 314

Source : Wikipédia

La doctrine « moins de soignants = moins de frais pour la sécu » des années 80 a été poussée à son paroxysme dès sa 2e moitié. Il a fallu attendre le début des années 2000 pour voir la courbe du numerus clausus remonter et 2007 pour rattraper le chiffre de 1980. Dans les années 80, on savait pourtant que :

  1. il fallait en moyenne 10 ans pour former un médecin- la durée est toujours la même aujourd’hui
  2. le nombre de départs en retraite allait commencer à « monter en régime » dès les années 90
  3. la population de personnes âgées commençait à augmenter du simple fait de l’allongement de l’espérance de vie. Statistiquement, on va 21% plus de fois chez le médecin en 85 ans qu’en 70 ! Et c’est sans compter sur la plus grande fragilité des 4e âge.

Espérance de vie à la naissance de 1950 à 2019
FemmesHommes
1950 69.2 63.4
1951 68.9 63.1
1952 70.2 64.4
1953 70.3 64.3
1954 71.2 65
1955 71.5 65.2
1956 71.7 65.2
1957 72.2 65.5
1958 73.2 66.8
1959 73.4 66.8
1960 73.6 67
1961 74.4 67.5
1962 73.9 67
1963 73.8 66.8
1964 74.8 67.7
1965 74.7 67.5
1966 75.2 67.8
1967 75.2 67.8
1968 75.2 67.8
1969 75.1 67.4
1970 75.9 68.4
1971 75.9 68.3
1972 76.2 68.5
1973 76.3 68.7
1974 76.7 68.9
1975 76.9 69
1976 77.2 69.2
1977 77.8 69.7
1978 77.9 69.8
1979 78.3 70.1
1980 78.4 70.2
1981 78.5 70.4
1982 78.9 70.7
1983 78.8 70.7
1984 79.3 71.2
1985 79.4 71.3
1986 79.7 71.5
1987 80.3 72
1988 80.5 72.3
1989 80.6 72.5
1990 81 72.7
1991 81.2 72.9
1992 81.5 73.2
1993 81.5 73.3
1994 81.9 73.7
1995 81.9 73.9
1996 82.1 74.1
1997 82.3 74.6
1998 82.4 74.8
1999 82.5 75
2000 82.8 75.3
2001 82.9 75.5
2002 83.1 75.8
2003 83 75.9
2004 83.9 76.7
2005 83.9 76.8
2006 84.2 77.2
2007 84.4 77.4
2008 84.4 77.6
2009 84.5 77.8
2010 84.7 78
2011 85 78.4
2012 84.8 78.5
2013 85 78.8
2014 85.4 79.3
2015 85.1 79
2016 85.3 79.3
2017(p) 85.4 79.5
2018(p) 85.5 79.6
2019(p) 85.7 79.8

Source : INSEE

Se contenter de dire « la médecine progresse » pour ne pas maintenir un ratio habitants/médecin correct s’apparente à une faute politique qui, dans d’autres circonstances pourrait presque relever du pénal.

La gestion du H1N1 par Roselyne Bachelot

Roselyne Bachelot a a été moquée, raillée, considérée comme incompétente. Et pourtant, ce qu’elle avait mis en place pour affronter la crise du H1N1 était le minimum dont nous aurions du disposer au début de la crise de la Covid-19. Les pays asiatiques qui ont été touchés mais peu impactés par la Covid-19 avaient TOUS mis en place des politiques, méthodes et budgets préventifs « au cas où ». Sur le plan financier, le coût de cette prévention est de l’ordre de quelques % en comparaison de ce que la crise va coûter à nos économies, à nos enfants et surtout petits-enfants.

Suite au H1N1, les politicards de tous bords se sont acharnés à détruire ce qui avait été mis en place et à réduire encore plus les budgets alloués à la santé par pur dogmatisme, mais sans réduire ceux de la bureaucratie hospitalière dans les mêmes proportions.

Affronter une crise impose d’y être préparé

Au cours des 40 dernières années, personne parmi les personnels politiques élus n’a eu une politique à long terme sur des sujets clés : le sujet de la retraite en est l’exemple le plus frappant.

Ce problème n’est pas de droite ni de gauche, il a concerné TOUS les bords politiques et depuis 40 ans, les sujets clés ont été mis sous le tapis comme la santé, la justice, l’éducation ou la police, etc... et tous nous explosent aujourd’hui à la figure, un par un !

Nous dépensons des fortunes dans la justice, la police, la santé et l’éducation alors que les agents de ces services disposent encore trop de matériels vétustes et surtout reçoivent des rémunérations intolérablement basses. Le bon sens laisse pourtant penser que le meilleur moyen d’éviter la corruption et les petits arrangements est de payer correctement les gens qui occupent des postes intéressants pour les corrupteurs ! Le bon sens laisse penser que les personnes à qui nous confions notre santé (les personnels soignants NDLR) ou notre avenir (les professeurs NDLR) devraient être considérés et rémunérés à hauteur de leur rôle social prépondérant. Et ainsi de suite...

Ces hommes politiques de droite et de gauche - car ce sont très majoritairement des « ils » - ont quasiment tous protégé leur propre réélection et celle de leur parti au lieu de s’occuper de la res publica et donc de préparer l’avenir après leur propre mandat, même si c’est impopulaire.

 

Les citoyens n’ont pas fait mieux :
l’individualisme est devenu la règle...

L’individualisme Made in America a fait rêver et continue à faire rêver le citoyen et surtout le (sur)consommateur.

L’individualisme des salariés français

Depuis la fin de la 2de guerre mondiale, le syndicalisme salarial s’affaiblit en France, même dans la fonction publique. Ces statistiques Insee [1] ou Dares [2] sont éloquentes :
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L’individualisme des patrons français

Du côté des grands patrons, rien à dire car ils ont compris qu’ils pouvaient ensemble peser lourdement sur les décisions politiques. Ils ont parfaitement raison de le faire. D’ailleurs qui pourrait leur reprocher le fait que les autres acteurs n’en fassent pas de même !

11%

C’est le pourcentage des entreprises syndiquées, et donc représentées !

L’INSEE recensait en 2019 un total de 3.855.109 entreprises [3]. Les mesures officielles de la représentativité en 2017 [4] mentionnent un chiffre de 419.219 entreprises représentées, soit à la louche 11% des entreprises. Sachant que le MEDEF pèse grosso modo 30% des entreprises syndiquées et 70% des salariés des entreprises syndiquées, on comprend mieux pourquoi me MEDEF fait la pluie et le beau temps !

Les résultats définitifs de la représentativité patronale au niveau national et interprofessionnel sont les suivants (arrêté du 22 juin 2017 publié au Journal officiel du 30 juin 2017) [4]
MEDEF
CPME
U2P
Total
Organisations professionnelles représentatives
123.632
144.982
150.605
419.219
Nombre entreprises avec salariés
111.683
1.015.789
94.989
308.250
Nombre de salariés de ces entreprises
8.557.341
3.017.876
509.362
12.083.579
Audience entreprises
29,45%
34,53%
35,87%
100,00%
Audience employeurs
36,17%
3,29%
30,76%
100,00%
Audience salariés
70,77%
24,96%
4,2%
100,00%
Opposition à l’extension des accords collectifs de travail
70,82%
24,97%
4,21%
100,00%

Dans le domaine de l’hôtellerie-restauration, seules 25% des entreprises sont syndiquées ! (voir Représentativité patronale : L’UMIH N°1 au sein de la branche HCR 77% des entreprises adhérentes et près de 70% des salariés). Les statistiques complètes de la représentativité patronale sont accessibles ici.

 

Les syndicats sont pourtant les seuls habilités à négocier avec le gouvernement !

Sachant que les syndicats sont les seuls à pouvoir négocier des accords avec le gouvernement, il ne faut pas s’étonner aujourd’hui de voir tant de problèmes sans solution ! Quant à l’anticipation, le mot a disparu du vocabulaire... hormis du côté des syndicats salariés réformistes dont la CFDT, la CFTC ou le CFE-GCE, ou de quelques syndicats patronaux réformistes.

Il suffit de consulter les réseaux sociaux et la presse qui fait ses choux gras d’exceptions, comme si les exceptions étaient la règle, pour constater que la crise laisse une multitude de « petits » points (petits pour le gouvernement mas terriblement pénalisants pour ceux qui les subissent) mais auxquels le gouvernement n’apportera pas de réponse car les entrepreneurs concernés sont rarement affiliés à une instance représentative et ont du mal à se faire entendre.

 

Allons-nous nous organiser pour la prochaine crise ?

Au delà du fait qu’il faut tenter de sortir de cette crise en abandonnant le moins de monde sur le bas côté de la route, le bon sens devrait pousser à anticiper.

Les citoyens et entrepreneurs que nous sommes ont besoin d’être correctement représentés. Le fait de se regrouper n’est pas qu’un problème national, c’est avant tout un problème local :

  • comment peser sur les décisions d’une municipalité ou d’un territoire sans unité des entrepreneurs de sa commune ? Une unité des entrepreneurs entraîne de facto une sensibilisation des citoyens non-entrepreneurs et ça tombe bien car ces consom-acteurs sont également les consommateurs locaux. Un maillage économique local est également le seul rempart à l’hégémonie des géants du web. Pourquoi un commerçant local ne pourrait-il pas livrer une commande le jour même ou le lendemain s’il est à quelques centaines de mètres ou quelques kilomètres de son client ? Il pourrait lui aussi livrer par drone !
  • comment peser sur les décisions gouvernementales avec 89% des entreprises non représentées ? C’est d’autant plus inquiétant du côté des petites entreprises qui constituent pourtant le tissu économique français et sont celles qui sont littéralement assassinées de taxes que les grandes groupes savent selon le verbe consacré « optimiser » par leur action concertée au sein du MEDEF.

 

Conclusion

Hormis le MEDEF et quelques syndicats salariés très corporatistes (RATP, SNCF, Air France, EDF...) qui occupent l’espace médiatique de la contestation, on ne voit pas grand monde être force de proposition alors qu’on nous rabâche le modèle allemand où la concertation est la règle, la grève l’exception...

Les petites et moyennes entreprises méritent d’être autant écoutées par les gouvernants que les grandes. Ça n’est pas le cas et ça ne risque pas d’arriver tant que les entrepreneurs ne se fédèrent pas et ne considèrent pas le voisin comme un confrère au lieu de l’ennemi.

S’il fallait désigner des « ennemis » économiques, ce que ces entreprises ne sont pas, alors ce sont Booking, Amazon ou Google, certainement pas le commerçant ni l’hôtelier du coin de la rue. Ces derniers sont ceux qui génèrent des emplois, qui maintiennent un tissu et un lien local, et accessoirement ceux qui contribuent financièrement à l’opulence étatique à laquelle il va bien falloir s’attaquer. Un jour...

Cette bi-crise (sanitaire + économique) est le moment de montrer que nous pouvons être unis sur les points qui nous concernent tous et être différents sur tout le reste. C’est également le moment de rendre aux femmes la place qu’elles auraient toujours du occuper.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin...

#sortezcouvert

 
 
 
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